Quand la communication avec les parties prenantes devient un risque mondial
- Ann Desseyn
- 4 days ago
- 3 min read

Les grands projets internationaux ne se jouent pas uniquement sur le terrain technique. Ils reposent aussi sur la confiance. Et la confiance dépend avant tout de la qualité de la communication. Le projet pétrolier de TotalEnergies en Ouganda, associé au pipeline EACOP (East African Crude Oil Pipeline), illustre parfaitement cette réalité. Au fil des années, ce projet est devenu autant un défi de communication qu'un défi énergétique, suscitant des débats internationaux autour des droits humains, de l'environnement et de la gouvernance.
La situation
TotalEnergies participe au développement des projets Tilenga et EACOP, destinés à exploiter et transporter le pétrole ougandais jusqu'à la côte tanzanienne. Le projet représente plusieurs milliards de dollars d'investissement et constitue un enjeu économique majeur pour les pays concernés. Mais il est également confronté à une forte opposition de la part d'ONG, d'associations locales et d'organisations internationales, qui dénoncent les impacts environnementaux, les acquisitions de terres et les conséquences sociales pour les populations concernées.
Où la communication est-elle devenue un risque ?
Du point de vue de la méthode MC³, plusieurs ruptures apparaissent.
1. La langue
Un projet international implique de communiquer avec :
les gouvernements
les communautés locales
les investisseurs
les ONG
les médias
les autorités de régulation
Chaque public possède son propre vocabulaire.
Des expressions telles que :
compensation
consultation
développement durable
impact limité
peuvent être comprises de manière très différente selon le contexte culturel ou juridique. Une communication techniquement correcte ne garantit pas une compréhension partagée.
2. La culture
Les attentes des différentes parties prenantes sont profondément différentes. Pour une entreprise internationale, le projet peut représenter un investissement stratégique. Pour une communauté locale, il concerne avant tout les terres, les moyens de subsistance et le patrimoine culturel. Pour une ONG internationale, il soulève des questions climatiques et de droits humains. Une même décision peut donc produire plusieurs réalités.
3. Le pouvoir
Dans ce type de projet, la communication ne circule pas uniquement entre une entreprise et ses clients.
Elle implique :
plusieurs États
des autorités locales
des investisseurs internationaux
des organisations non gouvernementales
des communautés concernées
des médias internationaux
Chaque acteur cherche à influencer le récit. La communication devient alors un enjeu de gouvernance autant qu'un outil d'information.
4. Les processus
TotalEnergies indique avoir mis en place des procédures de dialogue avec les parties prenantes, des équipes de liaison communautaire et un plan structuré de consultation afin d'informer les populations et de recueillir leurs préoccupations. Pourtant, plusieurs organisations de défense des droits humains ont estimé que certaines communautés n'avaient pas reçu une information suffisante ou adaptée, évoquant notamment des difficultés de compréhension, des retards dans les compensations et un manque de dialogue. Cette différence entre la communication prévue par les processus et la communication perçue par les parties prenantes est précisément ce que la méthode MC³ cherche à identifier.
Les conséquences
Au-delà des défis techniques, le projet a entraîné :
une couverture médiatique mondiale
plusieurs actions en justice en France fondées sur la loi relative au devoir de vigilance
une pression accrue des investisseurs et des ONG
un risque réputationnel important pour TotalEnergies
Même lorsque l'entreprise présente ses propres mesures de dialogue et de gestion des impacts, la perception des différentes parties prenantes reste très contrastée.
La leçon MC³
Le cas TotalEnergies montre qu'un projet international ne peut être piloté uniquement par des études techniques ou des procédures de conformité. Il doit également être piloté par une stratégie de communication capable de maintenir une compréhension commune entre des acteurs aux intérêts, aux cultures et aux attentes très différents.
Chez MC³, nous considérons que la communication est un système de maîtrise des risques. Elle ne consiste pas seulement à transmettre des informations. Elle consiste à vérifier que ces informations conservent le même sens lorsqu'elles traversent les langues, les cultures, les organisations et les rapports de pouvoir.
La véritable question n'est donc pas :
"Avons-nous communiqué avec toutes les parties prenantes ?"
La véritable question est :
"Toutes les parties prenantes ont-elles compris le même message… et lui accordent-elles le même niveau de confiance ?"
C'est souvent cette différence qui détermine le succès ou l'échec d'un projet international.



